
Cher toi,
Quand on parle de rôle ou de masque, on sous-entend qu’on n’est pas vraiment soi-même, que l’on cache quelque chose. Pourquoi agit-on ainsi ? Serge Tisseron, grand spécialiste des secrets de famille, nous éclaire : “la honte est l’affect maître du secret”. Est-ce le cas pour le père de Clelia ?
🎙️ Nouvelle capsule

Les secrets de famille sont comme des bombes à retardement... du moins, c'est ce qu'affirme Anne Ancelin Schützenberger. Clélia est en train d’en faire l'amère expérience : chaque nouvelle découverte continue de faire exploser toutes ses certitudes.
Que fait-on des secrets qui nous ont été confiés sans notre accord ? Sommes-nous les gardiens d'une vérité que nous n'avons pas choisie ou les architectes de notre propre histoire ?
🕵️♀️ Quatrième indice

Que t'apprend cette nouvelle version du génogramme de Clelia ?
N’hésite pas à me partager tes idées en répondant directement à ce mail.
Le concept clé : le secret de famille (1ère partie)
Selon le Petit Robert, le secret désigne “un ensemble de connaissances, d’informations qui doivent être réservées à quelques-uns et que le détenteur ne doit pas révéler”. Alors doit-on garder tous les secrets ?
Non. Si certains secrets sont protecteurs, d’autres, sont destructeurs. La clé est de savoir distinguer les bons des mauvais secrets.
Les différents types de secret
On peut distinguer deux grands types.
- Ce qu’on pourraient appelés les “bons secrets”
Ils ont pour but de de protéger l'intimité et de préserver la dignité. En cela, ils respectent le jardin secret de chacun.
- Les "secrets toxiques"
Contrairement aux premiers, ils menacent l'intégrité et créent des non-dits destructeurs. Leur impact se ressent sur plusieurs générations. Bien plus qu'une simple information cachée, ce sont des bombes à retardement émotionnelle.
📌 Exemple : cacher à un enfant les détails d’un conflit familial peut le préserver d’un stress inutile. Mais dissimuler un acte répréhensible, comme un abus, perpétue la douleur à travers les générations.

Les motivations du secret
Un secret repose sur la conviction qu’il est impossible de révéler quoi que ce soit. Le silence est souvent maintenu par un sentiment puissant : la honte.
Historiquement, le secret a été utilisé pour protéger l’honneur familial, éviter les sanctions sociales ou préserver l’image d’une lignée.
Mais, il est important de ta rappeler que, souvent, ce qui était honteux hier peut être ordinaire aujourd’hui.
Au Moyen Âge, être accusé de sorcellerie pouvait signer une exclusion sociale ou la mort. Dans les années 1950, un divorce était une tache indélébile. Aujourd’hui, ces réalités ne sont plus perçues comme des hontes, mais de nouveaux tabous ont émergé, comme les débats autour de l’identité de genre ou les recours à la PMA.
Comprendre les secrets d’une famille nécessite de replacer ses tabous dans leur contexte historique et sociologique.
Ci-dessous, je t’ai rassemblé, dans un tableau, une liste non exhaustive des hontes et secrets familiaux associés à travers le temps.

La mécanique du secret et ses symptômes
Les secrets sont comme des virus : ils mutent et se transmettent, changeant de forme à chaque génération mais gardant leur pouvoir toxique.

GÉNÉRATION 1 - L'INDICIBLE
Le secret est comme une brûlure vive : impossible à dire mais impossible à oublier.
- La personne sait exactement ce qu'elle cache
- Elle développe des stratégies d'évitement sophistiquées (changement de sujet, déni)
- Les émotions transparaissent malgré elle :
- changements soudains de comportement quand le sujet est effleuré
- réactions excessives à certains sujets connexes
- incohérences dans les récits
- zones de silence évidentes
📌 Exemple : Une grand-mère qui a dû abandonner un enfant changera brutalement de conversation à chaque mention d'adoption ou fuira systématiquement certains quartiers.
GÉNÉRATION 2 - L'INNOMMABLE
Le secret devient une présence fantomatique : on en ressent les effets sans pouvoir les nommer.
- La personne perçoit qu'il y a "quelque chose" sans savoir quoi
- Elle reproduit inconsciemment des comportements liés au secret :
- peurs inexpliquées
- loyautés invisibles
- choix de vie en écho au secret
- difficultés relationnelles spécifiques
📌 Exemple : la fille d'une femme qui a vécu un avortement traumatique peut développer une peur irrationnelle de la grossesse ou des difficultés à s'attacher.
GÉNÉRATION 3 - L'IMPENSABLE
Le secret s'est transformé en une empreinte cryptique dans l'inconscient familial.
- La personne n'a aucune idée de l'existence d'un secret
- Mais son corps et sa psyché en portent les traces :
- symptômes physiques récurrents sans cause médicale
- phobies particulières
- comportements compulsifs
- répétitions de scénarios problématiques
- blocages inexplicables dans certains domaines
📌 Exemple : Le petit-fils d'un homme qui est mort noyé peut développer une phobie de l'eau, sans comprendre pourquoi.
Ce qu'il faut retenir :
Ce qui est tu à la première génération, la seconde la porte dans son corps.
Le secret n’est pas le contraire de la vérité mais de la communication.
Tout ce qui ne remonte pas à la conscience se transforme en destin.
Plus le secret traverse de générations, plus ses manifestations deviennent subtiles mais profondément ancrées : le corps et le psychisme en deviennent les gardiens involontaires.
À toi de jouer : observe les échos du silence
Les secrets de famille se cachent souvent dans les silences, les non-dits et les zones d’ombre. Aujourd’hui, je t’invite à explorer ces dynamiques en douceur & avec curiosité. Prends un moment pour observer, ressentir, et noter ce qui émerge.
Pas de pression : il s’agit de prendre conscience, pas de tout bouleverser !
1. Explore tes ressentis
Prends un moment calme, un carnet, et note tes observations :
- Y a-t-il des sujets qui créent un malaise systématique dans ta famille ?
📌 Exemple : Dès que le passé de tel membre est mentionné, tout le monde change de sujet.
- As-tu remarqué des changements soudains d’ambiance lors de certaines conversations ?
📌 Exemple : On rit et soudain, un silence gênant s’installe après une question innocente.
- Existe-t-il des zones de silence dans ton histoire familiale ?
📌 Exemple : Un parent ou grand-parent dont on ne parle jamais ou très peu.
2. Observe les schémas
Pendant les prochains jours, sois attentif à ces éléments :
- les sujets systématiquement évités,
- les phrases récurrentes, comme des refrains,
📌 Exemple : "On ne parle pas de ça", "Ça s’est toujours fait comme ça", "Tu es trop curieux."
- les réactions émotionnelles disproportionnées face à certains thèmes
📌 Exemple : Une colère soudaine, une tristesse inexplicable, ou un départ précipité de la pièce.
💡 Exercice complémentaire : Dessine un cercle pour représenter ta famille. Note autour les zones ou sujets qui te semblent tabous. Cela peut t’aider à visualiser les dynamiques.
3. Écoute ton corps
Les secrets de famille ne se cachent pas seulement dans les mots ; ils s’inscrivent souvent dans le corps. Cette semaine, prête attention :
- aux situations familiales qui te mettent physiquement mal à l’aise,
- aux moments où tu ressens une tension inexplicable,
- aux sujets qui te nouent l’estomac ou provoquent d’autres symptômes physiques.
💡 Important :
- Il ne s’agit pas de déterrer les secrets à tout prix.
- L’objectif est d’observer, pas de forcer.
- Il n’y a pas de "bonne" ou "mauvaise" réponse.
- Tes observations sont personnelles et uniques.
En conclusion
Les secrets de famille, qu’ils soient grands ou petits, impactent souvent notre façon d’être. Ces observations ne visent pas à tout résoudre d’un coup, mais à amorcer un processus de conscience. Et parfois, simplement mettre en lumière un silence suffit à apaiser une tension.
Si tu as des questions ou des choses à me partager, il te suffit de répondre directement à ce mail.
À demain pour la suite de l’aventure !
Excellente journée,
Hélène
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