
Cher toi,
J’espère que tu profites de la fin d’un (long) week-end ensoleillé.
C’est ce que nous avons fait hier soir avec mon mari en nous installant en terrasse. Au cours de notre conversation, il me partage sa rencontre avec un proverbe tunisien (qui - après recherche - s’avère aussi être japonais ou grec ou que sais-je) :
« Celui qui se brûle avec la soupe, souffle sur la salade. ».
Sur le moment, je souris et je pense : « au niveau transgénérationnel, c’est exactement comme avec le rôti (détaillée dans l’épisode sur le génogramme) et c’est également lié au fonctionnement de notre cerveau et à la régulation de la dopamine qui d’ailleurs est à l’origine de notre capacité à créer du lien en tant qu’Homo Sapiens. ».
Bienvenue dans les méandres de mon cerveau.
Moi qui séchait sur cet édito de newsletter, le fil était tout trouvé.
Maintenant, il fallait le sortir de la pelote de laine emmêlée de mes idées afin que tu puisses clairement comprendre mon intention :
- tout est lié : la soupe, le rôti, la dopamine et l’Homo Sapiens.
- nos expériences passées façonnent nos réactions présentes, souvent de manière inconsciente (#credo).
Le rapport avec la soupe
Comme tous les mammifères, l’homme réplique les comportements agréables ou favorables à sa survie et évite ceux qui ne le sont pas. Tout cela grâce au système biologique de récompense dont il est équipé.
Pour l’encourager, du plaisir est généré chimiquement par la dopamine à chaque fois qu’il répète des comportements « bons pour lui » (ou presque…).

Ces câblages et cette chimie de notre cerveau sont à l’origine de notre survie.
Ainsi, ton cerveau utilise la dopamine pour apprendre des expériences passées et anticiper les futures. Ce neurotransmetteur clé t’aide à évaluer les situations basées sur des expériences antérieures, affectant ainsi ton comportement face à de nouvelles circonstances.
Ainsi, lorsque tu fais l'expérience de quelque chose de désagréable, comme te brûler en buvant une soupe trop chaude, ton cerveau enregistre non seulement la douleur physique mais aussi la situation entière, y compris l'action de manger la soupe chaude.
➡️ Le cerveau associe alors cette douleur à l'acte de manger quelque chose de chaud.
La prochaine fois que tu seras confronté à un aliment chaud, même si c'est simplement une salade tiède, la mémoire de la douleur peut déclencher une réaction de prudence – souffler sur la salade – même si cette précaution n'est pas nécessaire. Cette réaction est une forme d'évitement conditionné, où la dopamine joue un rôle en renforçant l'apprentissage lié à l'évitement.
C’est utile mais c’est une plaie dans notre monde moderne quand on y prête pas attention.
Notes : si tu veux creuser le sujet, tu trouveras des références pour creuser dans ce post.
Aux origines de notre biologie
Contrairement à ce que les théories de l’évolution stipulent, ce n‘est pas le plus fort qui gagne à tous les coups.
En effet, selon certains chercheurs, nous devons notre survie en tant qu'espèce à notre capacité de réciprocité et de confiance mutuelle.
L’homme de Neandertal était beaucoup mieux équipé physiquement, mais c’est finalement l’Homo Sapiens qui a remporté le match de la survie grâce à cette aptitude à créer des liens.

On peut, encore une fois, remercier le fonctionnement de notre cerveau qui posséderait des modules spécialisés dans l'évaluation des dons et des contre-dons.
Ces modules agiraient comme une calculette dont le résultat se lirait en termes de réponse émotionnelle positive ou négative vis-à-vis des autres. Si le compte est positif : je donne, je fais confiance. Si le compte est négatif : je me referme, je suis méfiant, voire j’attaque.
Notons que la dopamine entre ici aussi en jeu.
Dans la mesure où tu es capable d'éprouver des émotions, tu cherches à éviter les émotions désagréables et à renouveler les expériences d'émotions positives.
Cela marche pour la soupe trop brûlante. Mais cela marche aussi pour nos comportements et notre envie de créer du lien.
C’est ainsi qu’on apprend par exemple que certaines actions nous amènent à nous sentir honteux. Le simple souvenir de la honte suffira alors pour que nous décidions d'éviter certains comportements.
J’espère que les liens sont désormais plus évidents avec ces explications 😅.
Place aux deux épisodes qui vont te montrer comment les dettes non soldées peuvent se révéler néfastes et être à la source de dysfonctionnements ; enfin, tu verras en quoi il est judicieux de compter et comment cette faculté est in fine à l’origine de notre survie mais également constitutive de notre humanité.
Bonne écoute !
La première partie est sortie dimanche dernier ainsi que les notes de l’épisode. Ci dessous, tu trouveras les notes des parties 2 et 3.
Partie 2 - Typologie des 5 dettes toxiques
Dans cette seconde partie, je t’explique en détail, exemples à l’appui, les cinq types de dettes que j’ai isolées.
Tu trouveras dans le tableau suivant un récapitulatif des principaux éléments.
Pour comprendre pourquoi j’ai choisi ces personnages pour illustrer un type de dette, je t’invite à écouter l’épisode.

Partie 3 - Ces liens qui nous lient
1. Redéfinition de la trilogie donner-recevoir-rendre
Il est temps de changer de paradigme en cessant de diaboliser la dette et de sacraliser le don.
Donner, recevoir et rendre ne sont pas simplement des actions isolées mais forment une trilogie interconnectée qui est essentielle à notre existence sociale.
Sans ces obligations réciproques, la société se réduirait à une collection d'individus traitant les autres comme de simples objets, sans respect des engagements mutuels.
2. Importance anthropologique et biologique de la réciprocité
Notre capacité de maintenir un équilibre dans les échanges est ancrée dans notre biologie.
Des études en paléo-anthropologie montrent que la réciprocité et l'assistance mutuelle ont été cruciales pour la survie et l'évolution humaine, contrairement à l'homme de Neandertal qui n'a pas su s'adapter faute d'alliances.
3. Implications morales et sociales des échanges
Nous l’avons vu : les dettes ne sont pas uniquement financières mais aussi émotionnelles et sociales. En tant que telles, elles nous engagent et ont une influence sur le plan moral et éthique. La loyauté familiale ainsi que des traditions comme l'aumône peuvent être vues non seulement comme un acte de charité, mais aussi comme un devoir moral.
Nous sommes des êtres sociaux qui avons besoin d’alliance et de liens pour (sur)vivre et pour lesquels les notions de justice et d’équité sont constitutives de notre système de valeurs.
C’est d’ailleurs le but de ces pratiques : renforcer les liens communautaires et soutenir un équilibre social.
Nos interactions humaines sont complexes et interdépendantes : chaque action a une importance dans le tissu de nos relations et chaque contribution a un impact durable sur notre environnement social et personnel.
Voici l’extrait complet en images de la scène du film Les Misérables (1982) dont je te parle dans l’épisode.
⚡Le défi de la semaine⚡
Je t’invite à une introspection profonde sur ton propre rapport au don et à la dette.
Ces pistes de réflexion ont pour but de te faire découvrir comment tu interagis avec les autres et comment tu perçois les échanges de faveurs ou de cadeaux, souvent chargés d'émotions implicites.
✍️ Guide de réflexion
- Capacité à donner : est-ce naturel pour toi de donner, ou éprouves-tu une certaine réticence ?
- Pense aux moments où donner te semble facile ou difficile et essaie de comprendre pourquoi.
- Réception : lorsque tu reçois, quelles émotions ressens-tu ? Gratitude, inconfort, ou peut-être un sentiment de dette implicite ?
- Identifie une situation récente où tu as reçu quelque chose et analyse tes sentiments.
- Sentiment de dette : rappelle-toi d'un moment récent où tu t'es senti redevable. Qui était impliqué et quel était l'échange ?
- Décris les émotions ressenties (gratitude, anxiété, ou obligation).
- Communication des attentes : réfléchis à tes relations où les attentes ne sont pas clairement exprimées. Comment ces ambigüités affectent-elles tes interactions et quelles tensions en découlent ?
🔍 Exploration des racines familiales et culturelles
- Influences familiales : quelles valeurs concernant le don et la dette t'ont été transmises par ta famille ? Quelles phrases ou conseils répétés par tes parents résonnent encore avec toi aujourd'hui ?
- Impact sur le comportement actuel : comment ces enseignements influencent-ils ta manière de donner, de recevoir, ou de répondre aux attentes des autres dans tes relations personnelles et professionnelles ?
⚡ Défi pratique
- Journal de générosité : pendant une semaine, tiens un journal dans lequel tu noteras tous les actes de générosité que tu accomplis ainsi que ceux que tu reçois. Observe tes réactions émotionnelles à ces actes et note les tendances ou surprises que tu découvres.
- Dialogue : engage une conversation avec une personne proche de toi sur sa perception des dons et des dettes dans votre relation. Cette discussion peut ouvrir de nouvelles perspectives sur la façon dont vous gérez ces dynamiques ensemble.
Cette démarche est conçue pour te permettre d'explorer en profondeur les nuances de tes interactions quotidiennes, et de comprendre comment elles façonnent tes relations et ton bien-être émotionnel.
Les résultats de cet exercice enrichiront nos discussions dans les prochains épisodes, où nous aborderons des stratégies pour donner, recevoir et rendre de manière équilibrée et saine. Je finirai cette exploration par le cas d'un coaché qui éprouve une grande dette envers ses parents pour leurs nombreux sacrifices et comment il s’en est libéré.
Partage moi tes questions et tes investigations en répondant à ce mail ou en me laissant un vocal ici. Je te répondrai en personne et j’ajouterai nos réflexions au prochain épisode.
Excellent dimanche et à la semaine prochaine,
Hélène
PS 1 : la meilleure manière de me dire merci est d’écrire un commentaire sur ton appli de podcast (tu auras ma plus grande reconnaissance !).
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