
Cher toi,
Nous portons tous en nous des tâches inachevées : une conversation laissée en suspens, un projet abandonné, un rêve brisé, un lien qui s’est effiloché sans un mot d’au revoir ou même un objet que nous n’avons jamais su jeter. Ces fragments de vie que l’on croyait oubliés continuent pourtant de résonner en nous comme un air entêtant, nous ramenant sans cesse à ce que nous n’avons pas su clore.
"Ce qui reste inachevé n'est pas ce qui n'a pas commencé, mais ce qui n'a pas trouvé sa fin."
— Proverbe zen
Les tâches inachevées font partie des éléments les plus bloquants dans nos vies. Elles nous empêchent d'avancer personnellement et professionnellement, comme des boulets invisibles que nous traînons sans même nous en rendre compte. Que ce soit dans les relations, au travail ou dans nos projets personnels, elles nous retiennent, nous freinent et nous limitent dans notre élan.
C’est d’ailleurs la première chose que j’investigue en coaching : qu’est-ce qui n’a pas été digéré ? Qu’est-ce qui, en toi, demande encore à être reconnu, pleuré ou libéré ?
🎙️ Nouvelle capsule
Dans sa chambre d’hôpital, Alberto est emporté par la fièvre. La frontière entre le passé et le présent s’efface, et avec elle, les barrières qui retenaient ses secrets enfouis.

L
a vengeance est-elle plus douce quand elle se drape dans les habits de la justice ?
La fièvre d’Alberto agit comme un révélateur : ce qui était caché remonte, ce qui était tu demande à être reconnu. Tant que ces tâches ne sont pas closes, elles hantent ceux qui restent.
Le concept clé : les tâches inachevées

Storytime d’une prise de conscience
S'il n’y avait qu’un élément à retenir dans tout ce que j’ai écrit ces derniers jours, ce serait celui-ci : les tâches inachevées et l'importance de faire son deuil. Je me souviens précisément de ma rencontre avec ce concept clé qui allait tout changer : c’était en février 2022 lors du premier jour de ma formation en psychogénéalogie avec Evelyne.
Avant cette journée, le deuil était pour moi inséparablement lié à la mort d’une personne et j’oblitérerai volontiers ce mot de mon esprit tant il ramenait des souvenirs douloureux. Cette année de formation m'a ouvert les yeux : le deuil va bien au-delà de la perte d'un être cher, il concerne toutes les pertes qui jalonnent notre existence. Et si on ne prend pas le temps de le reconnaître et de la vivre, on est condamné à en souffrir.
Un deuil ne concerne pas uniquement la mort, mais toute perte qui bouleverse notre équilibre
: une relation terminée brutalement, un projet abandonné en chemin, un rêve d’enfance sacrifié, une maison quittée, un exil, un corps qui a changé ou une capacité physique perdue.
Cette expérience comporte trois dimensions essentielles :- La perte de l'objet d'amour :
ce qui nous est concrètement enlevé
- La perte de notre sécurité :
notre monde stable qui vacille
- La perte d'une partie de nous-mêmes :
notre identité qui se transforme
👉 Prenons l'exemple d'un licenciement :
au-delà du salaire perdu, c'est toute une structure qui s'effondre - la routine quotidienne, le statut social, la confiance en soi. Sans reconnaissance de cette triple perte, le deuil peut s'étirer sur des années.
Lorsque mon tour est venu de dessiner mon géno, j’ai ouvert un sac à dos invisible dont je n’avais, jusqu’à présent, pas eu conscience, malgré le poids qu’il pesait. Il était plein à craquer. J’y ai trouvé bien entendu des morts pas acceptées, mais plein d’autres choses : une grossesse interrompue trop tôt, mes rêves d’aventure d’Indiana Jones laissés de côté, la vente de la maison de ma grand-mère et de celle de mon enfance, des amitiés effacées, une certaine flexibilité de l’épaule ou bien cette insouciance d’avant, celle qu’on perd en devenant parent (la liste est bien plus longue mais tu comprends l’idée).
Personne ne nous prépare à la violence de toutes ces pertes. Au contraire, on nous demande de serrer les dents. Sauf que - à chaque fois que nous contractons nos mâchoires - nous ajoutons un pierre dans notre sac.
Et c’est ainsi que ces tâches inachevées s'amoncellent, prenant une place énorme qui laisse difficilement de l'espace au présent, au nouveau, au positif.
Et c’est ainsi que nous devenons des ruminants.
On nous apprend à réussir, mais jamais à perdre. À enchaîner, mais rarement à digérer.
🌍 Le déni occidental face au deuil
Dans notre société occidentale contemporaine, le rapport au deuil s'est profondément transformé. Là où autrefois existaient des rituels précis et des temps dédiés, nous vivons aujourd'hui dans l'urgence de "passer à autre chose". On nous exhorte à être forts, à tourner la page, à retourner rapidement au travail. L'expression de la tristesse est perçue comme une faiblesse et la médication remplace souvent l'accompagnement émotionnel.
Dans d’autres cultures, le deuil est accompagné de rituels essentiels.
- Au Japon : le
kuyō
honore même les objets du quotidien pour marquer une fin.
- En Afrique : le collectif
transforme la douleur par le chant et la danse.
- Au Mexique : le
Día de los Muertos
célèbre l’amour qui dépasse la séparation.
Ces rituels nous rappellent une vérité simple : chaque fin mérite son temps et sa place. Sans cela, nous restons coincés dans l’inachevé.

🧠 Pourquoi l’inachevé nous bloque : l’effet Zeigarnik
Dans les années 1920, une jeune psychologue russe nommée Bluma Zeigarnik observe les serveurs dans un café viennois : elle remarque qu’ils se souviennent parfaitement des commandes en cours mais les oublient aussitôt les additions réglées. En effet, notre cerveau est programmé pour retenir davantage ce qui n’a pas été conclu. Pourquoi ? Parce que les tâches inachevées créent un déséquilibre mental qui active notre amygdale — la partie du cerveau responsable de l’alerte et du stress.

Ses recherches ont été confirmées par des données plus récentes.
- Une étude de Stanford (2023) a mesuré une augmentation de 23 % des niveaux de cortisol chez les personnes portant des tâches inachevées. Résultat : stress chronique, troubles du sommeil et difficultés de concentration.
- Une recherche longitudinale de Harvard (2021) a montré que 40 % des pensées récurrentes concernent des projets non conclus, perturbant profondément notre bien-être mental.
- Enfin, une étude du King’s College London (2022) révèle que les tâches inachevées contribuent à une perception négative de soi, renforçant la procrastination et le sentiment d’échec.
👉 Tant que nous ne reconnaissons pas ces tâches inachevées, elles nous bloquent, mentalement et émotionnellement. Elles figent le passé, empêchent le présent d’exister et nous limitent dans nos actions futures.
Le processus de deuil : une spirale plutôt qu'une ligne droite
Contrairement à ce que l'on imagine souvent, le processus de deuil n'est pas une succession linéaire d'étapes à franchir comme des obstacles sur une piste d'athlétisme. Il s'apparente davantage à une spirale, où nous revenons régulièrement visiter les mêmes territoires émotionnels, mais à des niveaux différents de compréhension et d'intégration.

Voici les étapes clés revisitées, avec des exemples pour les rendre concrètes :
- Déni : "Ce n’est pas possible, pas moi, pas maintenant."
Exemple
: Après un licenciement, continuer à aller au bureau "comme si de rien n’était" ou refuser de vider son espace de travail.
- Colère : "Pourquoi cela m’arrive-t-il ? C’est injuste !"
Exemple
: Accuser un collègue, une circonstance extérieure, ou même soi-même de la perte.
- Marchandage : "Si seulement j’avais fait autrement…"
Exemple
: Un sportif blessé qui ressasse chaque décision ayant mené à son accident.
- Tristesse : "C’est fini. Je ne peux pas revenir en arrière."
C’est ici que l’acceptation de la perte commence. On réalise l’irréversibilité, et la douleur se manifeste pleinement.
- Acceptation : "Je peux avancer malgré tout."
Le moment où l’on trouve la force de se reconstruire.
- La quête de sens : "Qu’ai-je appris de cette perte ?"
Exemple
: Une personne qui transforme le deuil de son enfant en s’engageant dans une association.
- Renouveau : "Grâce à cette épreuve, j’ai pu…"
Exemple
: Un artiste qui, après une rupture, découvre une nouvelle expression créative.
L'art délicat de la clôture
Comment refermer délicatement la porte sur ce qui n'a pas pu être ? Les rituels jouent ici un rôle essentiel. Ils nous permettent de matérialiser l'invisible, de donner forme à l'informe.
Écrire une lettre à ce qui nous a quitté, créer une boîte à souvenirs, planter un arbre sont autant de façons de créer un pont entre l'intérieur et l'extérieur, entre ce qui fut et ce qui sera.
🎯 À toi de jouer : quelques pistes pour digérer
Voici différentes pistes pour faire le deuil d’une perte, quelle qu’elle soit.
▪️Reconnaître que c’est un deuil
La première étape est de nommer ce que tu vis : "J’ai perdu quelque chose d’important." Accepte que cela prendra du temps.
Où en es-tu dans les étapes du deuil ? Observe si tu es dans le déni, la colère ou l’acceptation.
▪️Mettre des mots et libérer les émotions
Comme l’explique Alice Miller :
"Ce n’est pas le traumatisme qui rend malade, mais l’impossibilité d’exprimer ce que l’on ressent."
- Écris une lettre à ce que tu as perdu (un projet, une maison, une personne) pour exprimer tes émotions.
- Crée un rituel : brûle cette lettre, enterre-la ou lis-la à voix haute. Les rituels sont essentiels pour "dire au revoir" symboliquement et cicatriser la blessure.
▪️Travailler sur ton discours intérieur
Les pensées culpabilisantes ou accusatrices te maintiennent dans le deuil. Questionne ton "gremlin" intérieur — cette voix qui ressasse et critique — pour réorienter ton dialogue avec toi-même.
▪️Chercher le sens caché
Pose-toi cette question difficile : "En quoi cette situation est-elle parfaite pour moi ?" Cela peut ouvrir des portes vers la découverte de nouvelles forces ou de nouvelles opportunités.
▪️Être attentif aux répétitions
- Est-ce que cette perte réactive un événement passé ?
- Y a-t-il un deuil inachevé que tu n’as jamais affronté ?
Les répétitions sont des invitations à guérir.
Nous portons tous un sac à dos. Dedans, il y a des "si seulement" et des "j’aurais dû". Mais aujourd’hui, tu as le choix : ouvrir ce sac, regarder ce qui t’alourdit, et décider de t’en délester.
Et si c’était maintenant que tu écrivais la fin de cette histoire inachevée ? Une phrase. Une action. Une lettre. Car en clôturant ce qui te retient, tu ouvres la porte à quelque chose de nouveau.
👉 Écris-moi, partage ton expérience. Quel poids vas-tu choisir de déposer aujourd’hui ?
À demain pour la suite de notre saga.
Belle soirée,
Hélène
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