
Cher toi,
Il y a deux semaines, la vie m'a servi deux uppercuts sans préavis.
J'ai dû faire face au décès d'Evelyne (mon amie & ma mentore avec laquelle nous avions enregistré un double épisode de podcast sur son parcours et sur la psychogénéalogie) et à une trahison coûteuse.
Ces deux épreuves, survenues presque simultanément et sans lien direct, ont été les catalyseurs d'un tumulte d'émotions – une tristesse abyssale d'un côté, une colère sourde de l'autre, toutes deux enracinées dans un sentiment d'injustice profonde.
Je me suis sentie comme une boxeuse sur un ring encaissant - coup à coup - une droite et une gauche. Sonnée et complètement désorientée.
Cependant, au lieu de me précipiter dans l'action, comme à mon habitude, j'ai choisi une voie différente.

J'ai embrassé le chaos.
Je me suis autorisée à pleurer et à rire, à osciller entre combat et capitulation, entre travail et improductivité totale, entre partage et silence. J'ai refusé de peindre une façade de normalité, tout comme de brandir mes blessures comme des étendards.
Dans cet édito, je ne cherche pas à donner de leçons, ni à susciter la pitié.
Mon but est de partager une expérience personnelle, de mettre des mots sur des douleurs souvent tues et de témoigner de l'importance de prendre le temps de prendre le temps de faire son deuil à sa manière, comme me l'a transmis Evelyne.
J’ai ouvert à nouveau son livre Sortir du deuil, co-écrit avec Anne Ancelin Schutzenberger et j’y ai trouvé des ressources.
Il m'a rappelé que chaque épreuve se surmonte en accueillant différentes étapes, que chaque deuil est unique et qu’il n’y aucun remède ou conseil miracle.
Je te partage ce qui m’a aidé :
- accepter de vivre une onde de choc qui secoue fort,
- m’autoriser à être bancale,
- ne pas opposer de la résistance,
- être de la plus grande écoute et bienveillance envers moi-même, même si rien ne faisait sens sur le coup.
Un grand merci également à tous ceux qui m'ont épaulée, peut-être sans réaliser l'ampleur de leur aide, et j’envoie toutes mes pensées de soutien à quiconque traverse des tumultes similaires.
Notre société valorise trop souvent la performance et la résilience au détriment de la vulnérabilité et de l'authenticité.
Pourtant, je suis convaincue qu’on surmonte de manière plus durable les tempêtes en acceptant nos émotions et en étant loyal à notre singularité.
Quoique les autres en disent.
Ces deux dernières semaines, je n’avais pas le ❤️ à écrire une newsletter, ni à enregistrer un podcast.
J’ai fait une croix sur la discipline, sur les objectifs et les algorithmes.
Faire autrement aurait sonné faux pour moi.
Et… sans crier gare, il y a quelques jours, l’envie est revenue.
L’envie de faire et de partager des choses, mais aussi l’envie de continuer à parler de l’envie et de distinguer ce qui en fait une force autant constructive que destructrice.
Ce sentiment complexe, je le crois, prend principalement racine dans la comparaison avec autrui.
C’est ce poison qui est vénéneux.
Dans le nouvel épisode de podcast sorti aujourd’hui, je t’invite à explorer les origines de ce mécanisme de comparaison et à comprendre comment celui-ci t’éloigne - voire même va à l’inverse - de ton essence et de ton bonheur.
Tu connais un des mes leitmotiv : c’est en se concentrant sur notre propre voie, en apprenant à reconnaître et célébrer notre unicité, qu’on trouve le secret d'une vie alignée et épanouie.
Bonne écoute !
Notes de l’épisode & ressources
Tu peux retrouver ici la mini-vidéo présentant l’anecdote du panier de crabes.
Dans ce second épisode, nous plongeons encore plus profondément dans l'univers complexe de l'envie. Nous l'abordons sous différents prismes : anthropologique, sociologique, et même neurologique, en cherchant à répondre à des questions essentielles :
- Qu'est-ce qui nourrit l'envie au plus profond de nous ?
- Pourquoi, en dépit de nos efforts pour cultiver la bienveillance, l'envie s'infiltre-t-elle encore dans nos cœurs ?
- Et surtout, quels risques une envie non avouée peut-elle représenter, tant pour nos relations que pour notre paix intérieure ?
I. Les origines de l’envie
- Des fondements anthropologiques : l'envie est une émotion humaine universelle, transcendant cultures et époques. L'Antiquité grecque et romaine, ainsi que la littérature moderne, soulignent son rôle dans les conflits et les dynamiques sociales.
- L’influence du milieu social : selon Pierre Bourdieu, notre milieu influence nos envies. Les normes sociales dictent nos aspirations, mettant en lumière l'importance de reconnaître l'envie comme une construction sociale.
- Le désir mimétique et les neurones miroirs
- La premier concept est introduit par René Girard et suggère que nos désirs sont formés par ceux d'autrui.
- La découverte des neurones miroirs par la neuroscience en 1995 vient confirmer cette tendance humaine à imiter les désirs d'autres personnes.

- La méritocratie et le consumérisme : le concept de snobisme naît avec l'avènement de la méritocratie qui entraîne un changement de paradigme. Notre valeur n’est plus dictée par notre sang mais par notre mérite. Si l’on peut se réjouir de tous les progrès de la modernité, elle n’est pas sans dommage collatéral. Désormais entièrement responsable de notre destin, nous devenons les seules causes de nos échecs, un constat qui génère une anxiété et une insatisfaction croissante tant que nous restons attachés au statut et au regard des autres.
II. Les dangers d’une envie mal gérée
- La proximité et l’envie : le sentiment d'envie est exacerbé non pas par une grande différence, mais par la proximité et la comparaison avec ceux considérés comme nos semblables ou faisant partie de notre groupe de référence. C'est la comparaison avec nos proches qui nourrit le plus notre insatisfaction et notre envie.

- L'auto-sabotage et les relations toxiques : l'histoire de Julien et Ali nous montre comment l'envie peut dégrader la qualité de nos relations, nous pousser vers des comportements négatifs envers les autres et soi-même et finalement nuire à notre propre développement et bien-être.
- L'envie chez les femmes : une attention particulière doit être accordée à la manifestation spécifique de l'envie chez les femmes. Celle-ci est profondément influencée par les structures patriarcales et les attentes sociétales restrictives qui en découlent. Cela inclut la dynamique intergénérationnelle, où l'envie peut compliquer les relations entre mères, filles, et petites-filles, illustrant la complexité de naviguer entre les aspirations personnelles et les attentes traditionnelles.
- L'importance de reconnaître et de discuter de l'envie : les discussions ouvertes sur l'envie et ses origines sont des aides précieuses pour démêler ses aspects négatifs et construire des relations plus saines.
Bibliographie abrégée
- La Distinction : Critique sociale du jugement, Pierre Bourdieu, Les Éditions de Minuit, 1979
- Mensonge romantique et vérité romanesque, René Girard, Grasset, 1961.
- Status Anxiety, Alain de Botton, Penguin Books, 2004
- Envy: A Theory of Social Behaviour, Helmut Schoeck, Harcourt, Brace & World, 1969.
- On Our Best Behavior: The Social Instincts That Shape Our World, Elise Loehnen, Random House, 2022.
La bande-originale du podcast
Si tu es passé à côté de l’info, je me répète ici. J’ai créé une playlist avec toutes les musiques qui viennent accompagner chacun des épisodes. Tu pourras ainsi retrouver facilement toutes les références.
Le défi de la semaine
Ta mission - si tu l’acceptes - est quadruple.
- Établir un diagnostic de ta relation à l’envie
Pour cela, il te suffit de répondre au questionnaire suivant.

Et pour être sûr que tu ne sois pas dans le déni, je t’encourage à passer le test de Crowne-Marlowe qui mesure ta tendance à transmettre une image de toi conforme aux attentes sociales et pas forcément à ce que tu penses profondément.
- Compléter ton journal de l’envie
Continue à observer les moments où tu éprouves de l’envie et prends un instant pour ajouter à tes réflexions tes réponses aux questions suivantes.
- Quand tu penses à une personne que tu envies, quelle qualité ou réalisation précise suscite ton envie ? Qu’est-ce que cela te dit sur ce que tu valorises ou sur ce qui te manque dans ta propre vie ?
- Ton sentiment d’envie est-il uniquement déclenché par un manque réel ou bien réagis-tu à un modèle qui t’a été transmis ?
- Comment l'envie influence-t-elle tes actions ? Te pousse-t-elle à te dépasser ou te retient-elle ?
- Peux-tu identifier un schéma récurrent en observant les personnes ou les situations qui provoquent ton envie ?
- Comment réagis-tu émotionnellement quand quelqu'un que tu envies connaît un échec ?
- Quels sont les domaines de ta vie où tu te sens le plus satisfait et comment cela influence-t-il ton expérience de l'envie ?
- Imagine que l'envie n'existe pas dans ton spectre émotionnel. Comment cela changerait-il ta perspective sur tes relations et tes aspirations ?
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- Ancrer ta vision du succès
Écris un petit texte de 250 mots maximum pour expliquer ce que signifie pour toi la réussite.
- Choisis un environnement propice à la réflexion.
- Définis ce que signifie "réussir" pour toi. Avant d'écrire, réfléchis aux différents domaines de ta vie : professionnel, personnel, social, santé, équilibre travail-vie privée, etc. Qu'est-ce qui, dans ces domaines, ressemblerait à une réussite selon tes propres termes ?
- Commence par un brainstorming. Note tous les mots, idées, et sentiments qui te viennent à l'esprit quand tu penses au mot "réussite". Ne te censure pas et ne te soucie pas de l'ordre ou de la cohérence pour le moment.
- Regarde au-delà du matériel. Envisage les accomplissements non matériels et les qualités personnelles que tu valorises. La réussite pourrait-elle signifier pour toi la croissance personnelle, les relations enrichissantes, ou un sens aigu de la paix intérieure ?
- Rédige une ébauche. Avec tes idées en tête, commence à rédiger un brouillon. Ne t'inquiète pas de la longueur à ce stade. Tu pourras éditer plus tard.
- Évalue tes priorités. Quels sont les éléments qui te tiennent le plus à cœur ? Quelles expériences ou quels objectifs te procureraient le plus grand sentiment de réalisation ?
- Inclus des exemples personnels. Si tu peux, mentionne des moments de ta vie où tu t'es senti réussir. Comment ces moments se comparent-ils à ta vision actuelle de la réussite ?
- Concentre-toi sur ton ressenti. La réussite n'est pas toujours un état extérieur observable. Elle est souvent un sentiment interne de contentement et d'achèvement. Comment décrirais-tu ce sentiment ?
- Révise et condense ton texte. Après avoir écrit ton brouillon, prends le temps de le relire et de le peaufiner pour atteindre les 250 mots, en te concentrant sur la substantifique moelle.
- Réfléchis à ce que tu as écrit. Une fois ton texte terminé, lis-le à voix haute. Te ressemble-t-il ? Reflète-t-il vraiment ce que tu valorises le plus ?
- Engage-toi. Demande toi comment tu peux aligner davantage ta vie quotidienne sur cette définition personnelle de la réussite.
Cet exercice de journaling est une invitation à clarifier ta vision unique de la réussite, en te débarrassant des comparaisons extérieures pour te concentrer sur ce qui te rend réellement heureux et accompli.

- Pratiquer Mudita
L'origine de ce concept remonte aux premiers textes bouddhistes, notamment le Sutta Nipata et l'Itivuttaka, qui font partie du Canon Pali, une collection ancienne de textes sur les enseignements du Bouddha Gautama.
Mudita, ou la joie altruiste, est l'une des quatre qualités sublimes (Brahmaviharas) enseignées par le bouddhisme. Ces qualités, qui comprennent également la bienveillance (Metta), la compassion (Karuna), et l'équanimité (Upekkha), constituent le cœur de la pratique bouddhiste et vise à cultiver une attitude positive et bienveillante envers soi-même et les autres.
Mudita est décrit comme la capacité à se réjouir sincèrement du bonheur et du succès des autres sans jalousie ni envie. C'est un état d'être qui reconnaît et célèbre la joie des autres comme si c'était la tienne, reconnaissant que le bonheur partagé contribue à la diminution de la souffrance dans le monde.
Alors, la prochaine fois que tu ressens de l'envie, plutôt que de souhaiter le malheur de l’autre ou de te torturer sur ton insuffisance, réjouis-toi sincèrement des succès de la personne qui déclenche ton envie et observe comment cela change ta propre perception et ton état d'esprit.
Si tu me partages ton travail (une situation où tu as ressenti de l’envie + ta question), je te fais un audio de 5 mn pour t’aider à creuser ton investigation et te donner des pistes de réflexion.
Il te suffit de répondre à ce mail ou de me laisser un vocal ici.
N’hésite pas également à m’écrire. Je suis toujours ravie de te lire.
Je compte sur toi !
Enfin, pour donner de la visibilité à ce podcast et pour je puisse continuer à t’offrir ce travail titanesque, il est essentiel que tu lui laisses, en plus d’une note, un commentaire sur ton appli préféré.
Par exemple, partage ce que tu aimes, un concept ou un épisode qui t’a marqué.
Un immense merci pour ton temps et ton soutien.
Bon dimanche,
Hélène