
Cher toi,
Hier, en parcourant les rayons d’une librairie pour mes derniers cadeaux de Noël, je suis tombée sur un livre que j’avais presque oublié : Le chevalier à l’armure rouillée. En le relisant ce matin, je n’ai pu m’empêcher de me dire qu’il était particulièrement approprié à cette période mais aussi à notre saga.
« Nous dressons des barrières pour protéger ce que nous pensons être. Puis, un jour, nous nous retrouvons coincés derrière ces barrières et n'arrivons plus à en sortir. »
L’histoire de ce chevalier est celle de bien des vies. Admiré pour son armure éclatante, il ne la quitte jamais. Elle devient son refuge, sa fierté. Mais aussi son fardeau. À force de s’y cacher, il ne ressent plus la chaleur du soleil, l’étreinte d’un être cher ou le goût des choses simples. Et surtout, il oublie pourquoi il avait besoin d’elle au départ. Et quand par amour, on lui demande de l’ôter, il en est incapable. Cette armure, censée le protéger, est devenue un prison.

🎙️ Nouvelle capsule
Ce soir, dans le chai des Bianchi, nous assistons à une scène qui fait écho à ce conte. Un à un, les hommes déposent leurs propres armures : Marco sa quête de perfection médicale, Gabriele son armure de ressentiment, Giancarlo son besoin de tout contrôler. Et dans ce dépouillement collectif, ils découvrent que ce qu'ils pensaient être leur plus grande faiblesse est en réalité leur plus grande force.

Dans la pénombre du chai ancestral, médecine moderne et sagesse ancienne s'entremêlent dans une danse où chacun doit d'abord se défaire de ce qui l'encombre pour permettre à la guérison d'opérer. Comme le chevalier qui doit accepter la rouille de son armure avant de pouvoir s'en libérer, les Bianchi découvrent que leur salut réside dans l'acceptation de leur vulnérabilité.
De quelle parti armure es-tu prêt.e à te débarrasser aujourd'hui ?
Ce que la science nous dit sur nos armures
Les recherches en neurosciences montrent que notre cerveau est câblé pour percevoir la vulnérabilité comme une menace. Cette perception, héritée de notre évolution, active les circuits de défense, nous poussant à éviter toute situation où nous pourrions paraître faibles. Et pourtant, c'est dans cet état de vulnérabilité que réside notre plus grande force pour créer des liens et trouver la guérison.
» La théorie polyvagale
Stephen Porges, neuroscientifique à l’origine de la théorie polyvagale, a révélé que notre système nerveux autonome joue un rôle central dans la façon dont nous nous connectons ou nous isolons. Il distingue trois états principaux :
- L’état de défense (sympathique) : en cas de stress ou de danger perçu, notre système nerveux active une réponse de lutte ou de fuite. C’est notre protection contre les menaces externes.
- L’état de repli (parasympathique dorsal) : lorsque le danger semble insurmontable, notre corps bascule dans un mode de figement, où nous nous coupons émotionnellement pour minimiser la douleur.
- L’état de connexion sociale (parasympathique ventral) : cet état, activé lorsque nous nous sentons en sécurité, nous permet de nous ouvrir aux autres, de ressentir de l’empathie et de guérir.
Le paradoxe est que c’est précisément en acceptant notre vulnérabilité que nous envoyons à notre système nerveux un signal de sécurité. Ce basculement nous permet de sortir de la défense pour entrer dans un état où les connexions humaines deviennent possibles.
L'acceptation : un moteur de résilience
Les études sur la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT), développée par Steven Hayes, montrent que la résistance aux émotions douloureuses consomme énormément d'énergie psychologique et peut aggraver le stress. En revanche, l’acceptation des expériences désagréables — qu’il s’agisse de peur, de tristesse ou d’incertitude — diminue significativement leur impact.
Voici les résultats clés de l'ACT :
- réduction du stress : lorsque nous cessons de lutter contre nos émotions, nous libérons l’énergie utilisée pour maintenir cette résistance ;
- amélioration de la résilience : en accueillant nos vulnérabilités, nous développons une plus grande tolérance aux situations difficiles ;
- augmentation de la clarté émotionnelle : le lâcher-prise permet de distinguer nos peurs des réalités objectives, facilitant des réponses adaptées.
Un exemple concret tiré d’une étude sur l’ACT montre que les patients qui pratiquent l’acceptation de leurs pensées et émotions négatives sont mieux équipés pour gérer les situations stressantes, que ce soit dans des contextes professionnels, familiaux ou médicaux.
"L’acceptation ne signifie pas se résigner. Cela signifie simplement arrêter de se battre contre ce qui est déjà là."
— Steven Hayes
Le courage d’être imparfait
Brené Brown a mené plus de 12 ans d’études qualitatives pour comprendre ce qui distingue les individus épanouis des autres. Son constat est à la fois étonnant et simple : ceux qui s’autorisent à être pleinement vus — avec leurs forces et leurs imperfections — sont ceux qui vivent le plus authentiquement.
Elle distingue trois pilier de l’authenticité :
- l’amour de soi : accepter ses vulnérabilités commence par reconnaître qu’elles font partie de ce qui nous rend humain ;
- la transparence émotionnelle : être vulnérable signifie partager ce que l’on ressent réellement, même lorsque cela implique un risque de rejet ;
- le courage relationnel : créer des liens profonds exige d’être honnête sur nos besoins et nos limites.
Déposer tes armures : une invitation
Lors du Festival des Lanternes (天燈, tiāndēng), tradition chinoise , des milliers de personnes confient leurs fardeaux à des lanternes de papier qui s'élèvent dans le ciel nocturne, transformant leurs peurs en lumière. Et si, ce soir, tu créais ton propre rituel ?

1. Identifier ton armure
Nos armures psychologiques ne sont pas apparues par hasard. Elles sont souvent des mécanismes de survie, façonnés pour nous protéger d’expériences douloureuses. Mais comme une cuirasse qui devient trop serrée ou trop. abîmée, elles finissent par limiter nos mouvements et couper le contact avec les autres.
Pose-toi les questions suivantes.
- Quels sont mes mécanismes de protection ? Peut-être évites-tu les conflits, joues-tu toujours un rôle de médiateur ou te réfugies-tu dans l’humour pour ne pas exposer tes émotions.
- Qu’ont-ils apporté à un moment de ta vie ? Reconnaître leur utilité passée est une étape essentielle pour ne pas les rejeter avec violence.
- Que te coûtent-ils aujourd’hui ? Fatigue émotionnelle, isolement, relations superficielles... Quelles en sont les conséquences sur ta vie actuelle ?
Exemple :
Marie, une avocate brillante, a appris très jeune à ne jamais montrer ses émotions pour se protéger des critiques familiales. Si cette stratégie l’a aidée à s’affirmer dans un milieu compétitif, elle l’isole aujourd’hui dans ses relations personnelles.
"Une armure protège, mais elle isole aussi. La clé est de savoir quand il est temps de l’alléger."
2. Reconnaître la rouille : les signes qu’il est temps de changer
Quand l’armure devient trop lourde, notre corps et notre esprit envoient des signaux. En voici quelques-uns :
- schémas répétitifs : des conflits ou des échecs récurrents dans tes relations ou ton travail ;
- fatigue émotionnelle : l’épuisement de maintenir des défenses constamment élevées ;
- relations superficielles : une incapacité à créer des liens profonds, par peur d’être jugé ou blessé.
Ces signes ne sont pas des faiblesses, mais des invitations au changement.
3. S’alléger : transformer, pas détruire
Un rituel peut aider à concrétiser cette prise de conscience. Choisir un geste symbolique pour marquer ce moment aide ton cerveau à intégrer ce changement comme un acte réel, pas une simple intention.
Voici une proposition en trois étapes.
- Sur un papier, écris trois phrases.
- Une protection dont tu es prêt(e) à te libérer.
- Une vérité que tu es prêt(e) à accueillir.
- Un espace que tu souhaites créer pour l’année à venir.
- Choisis un acte symbolique.
- Si tu as une lanterne, fais-la s’élever dans le ciel, comme au Festival des Lanternes.
- Sinon, brûle ce papier, plie-le en avion pour le faire voler, ou enterre-le dans un coin de nature, symbolisant un nouveau départ.
- Visualise ton intention : Prends un instant pour ressentir ce que ce geste signifie pour toi, sans te précipiter vers la prochaine tâche.
4. Accueillir la vulnérabilité : une force sous-cotée
La science confirme ce que les Bianchi nous enseignent dans leur chai ancestral : accepter notre vulnérabilité n’est pas un acte de faiblesse, mais une preuve de courage. Comme l’a montré Brené Brown, les personnes capables d’embrasser leurs failles créent des relations plus fortes, développent une résilience accrue et trouvent un sens plus profond à leur vie.
C’est dans l’ouverture que nous devenons capables de recevoir ce que la vie a de meilleur à offrir. Remarquons que nos fêlures sont celles qui laissent passer la lumière.
"Le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de s’ouvrir malgré elle."
Rappelle-toi que même les armures les plus brillantes rouillent avec le temps.
Le vrai courage n’est pas de les porter jusqu’à l’épuisement, mais de savoir quand il est temps de les déposer pour sentir la chaleur d’une étreinte, la douceur du vent, ou simplement la lumière du moment présent.
Je te souhaite un excellent réveillon et me réjouis de te retrouver demain pour la dernier épisode de la sage.
Belle fin de journée & soirée,
Hélène
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