
Cher toi,
Nous avons tous une galerie de monstres à combattre. Au sens figuré comme au sens propre. Ces monstres peuvent prendre bien des formes : une parole qui blesse, un regard qui juge, un silence qui écrase. Ils peuvent aussi porter le visage d’un parent, d’un frère, ou même le nôtre, dans un miroir.
Ces monstres nous poussent à nous battre – pour être compris, pour nous défendre, pour nous libérer. Et pourtant - je sais que cela piquera pour certaines ou certains - mais pour vivre heureux et libre, il faut savoir poser les armes.
Pourquoi ? Parce que ces monstres ne sont pas extraordinaires. Ce ne sont ni des dragons ni des démons inaccessibles. Ce sont des êtres humains, souvent brisés, agissant depuis leur propre dénuement. Les voir comme tels, ce n’est pas leur chercher des excuses : c’est un choix. Le choix que tu fais de reconnaître tes blessures comme les leurs et de changer ton regard, pas pour eux, mais pour toi-même et de leur donner beaucoup moins d’importance.
🎙️ Nouvelle capsule
Dans l’épisode du jour, les monstres de la famille Bianchi prennent corps : Gabriele pointe une arme sur Marco, nourri par des années de haine et de ressentiment. Mais lorsque la vérité éclate, le combat s’effondre sur lui-même. Ce qu’il croyait être un affrontement contre un ennemi devient une confrontation avec sa propre histoire et les blessures qui l’ont façonné.

Quand la vérité éclate enfin au grand jour, que fait-on des mensonges qui nous ont construits ?
Ces monstres ne surgissent pas de nulle part : ils se nourrissent de nos héritages, de nos silences et des poids transmis de génération en génération. Pour mieux les comprendre, il faut les explorer.
Coup de projecteur : sortir du ressentiment
Imagine une galerie d’art où chaque monstre a sa place. Laisse-moi être ton guide et te décrire les trois principaux que tu connais certainement.
La galerie de nos monstres
1️⃣ Les monstres du silence
Ce sont les fantômes des secrets non-dits, des événements enfouis sous des couches de honte ou de peur. Le psychanalyste Nicolas Abraham parle de ces cryptes psychiques comme des lieux invisibles où les blessures non résolues de nos ancêtres se cachent, mais continuent à résonner en nous.
Dans notre épisode, le secret de l’adoption d’Alberto est un de ces monstres silencieux. Invisible, il a nourri des décennies de ressentiment chez Gabriele, qui s’est battu contre une illusion plutôt que de comprendre la vérité.
2️⃣ Les monstres des attentes
Il s’agit des injonctions invisibles que nous portons parfois sans le savoir : "Sois fort", "Réussis où j’ai échoué", "Ne déçois pas". Ces monstres nous enchaînent, souvent avec les meilleures intentions. Ce sont ces fameuses loyautés invisibles qui agissent comme un poids transmis par amour, mais qui nous empêche d’avancer.
Dans l’épisode, Marco est prisonnier de ce monstre.
"J’ai passé ma vie à essayer d’être à la hauteur,"
confie-t-il, sans savoir que cette quête était alimentée par des attentes silencieuses jamais exprimées.
3️⃣ Les monstres de la répétition
Ce sont les scénarios qui se rejouent, génération après génération : les échecs, les abandons, les conflits non résolus. Carl Jung les appelle les "complexes autonomes", ces mécanismes inconscients qui dictent nos vies jusqu’à ce que nous osions les regarder en face.
Ces monstres, dans l’histoire des Bianchi, prennent la forme d’un cycle de ressentiment et de souffrance : la rancune de Gabriele, la distance d’Alberto, la culpabilité de Marco. Tant que le secret restait enfoui, personne ne pouvait briser la chaîne.

Regarder les monstres dans les yeux
Les monstres que nous combattons ne sont pas toujours de simples métaphores. Parfois, ils prennent des formes très réelles : une tante au commentaire acéré, un père distant, une mère exigeante. Ces figures concrètes se superposent à nos monstres abstraits – ceux du silence, des attentes ou de la répétition.
En réalité, ce que nous voyons comme des monstres extérieurs – des personnes qui nous blessent ou nous oppressent – sont souvent l'incarnation de nos propres peurs ou blessures héritées. Ce lien entre l’abstrait et le concret est essentiel pour comprendre nos relations familiales.
Dans La Plénitude de l’instant, Thich Nhat Hanh nous invite à un retournement profond :
À partir du moment où vous voyez votre père en victime, il y a de la compassion dans votre coeur. Un jour, vous pourrez sourire à votre père et lui dire : “Je te comprends, papa. Tu as beaucoup souffert dans ton enfance."
Changer de regard ne signifie pas excuser ou justifier ce que nous avons subi. Au contraire, il est crucial de reconnaître nos blessures et nos souffrances. Mais il est tout aussi important d’accepter la réalité : derrière chaque monstre que nous affrontons, il y a souvent un être humain brisé, un enfant blessé ou une histoire qui n’a pas trouvé de fin. Ces personnes n’ont pas souvent pas eu les mêmes ressources que toi-même pour pouvoir panser leurs peines.
Dans l’épisode, Giancarlo et Maria ont pensé faire au mieux à leur époque et ils ont au final aviver encore plus les rancunes.
Gabriele découvre que sa colère contre Marco cachait une vérité bien plus complexe. En voyant Marco non comme un ennemi arrogant, mais comme un homme aussi perdu que lui, il fait le premier pas vers la réconciliation.

Choisir de se libérer
Le ressentiment est un poison subtil. Il nous fait croire que nous sommes encore en train de nous défendre, alors qu’en réalité, il nous enchaîne. Friedrich Nietzsche, dans La Généalogie de la morale, explique que le ressentiment est une forme de revanche inachevée : une énergie tournée vers l’extérieur, mais qui nous ronge de l’intérieur.
Pour guérir, il faut accepter une vérité inconfortable : le ressentiment ne peut être apaisé par la justice ou la réparation. Il n’y a souvent ni justice ni réparation. Il y a seulement une question de choix : rester enfermé dans la douleur ou transformer cette énergie en quelque chose de constructif.
Viktor Frankl, dans L’Homme à la recherche de sens, écrivait :
"Nous ne choisissons pas ce qui nous arrive, mais nous pouvons toujours choisir notre réponse."
C’est précisément ce que Gabriele et Marco incarnent dans notre épisode : la transformation d’un héritage toxique en un pont vers une vérité libératrice.
🎯 À toi de jouer : revisiter ta galerie de monstres
Pour changer ton regard et briser le cycle du ressentiment, je te propose cet exercice en trois étapes.
1️⃣ Identifie tes monstres
- Prends une feuille et dresse la liste des relations qui te semblent conflictuelles. Quelles émotions te provoquent-elles ? Ressentiment, tristesse, colère ?
- Classe-les dans une des catégories : silence, attentes ou répétition.
2️⃣ Regarde derrière le masque
- Pour chaque relation, interroge-toi : qu’est-ce qui a pu façonner cette personne ? Quel dénuement ou quelle blessure peut expliquer son comportement ?
Note : ce n’est pas une excuse, mais une tentative de comprendre le visage humain derrière le masque du monstre.
3️⃣ Crée un acte de clôture
- Rédige une lettre à l’un de ces monstres. Exprime ta douleur, ta colère, mais aussi ton désir de ne plus rester prisonnier de cette relation.
- Transforme cette lettre en un acte symbolique : brûle-la, enterre-la ou utilise-la pour marquer un nouveau départ.
En conclusion

Je termine avec cette phrase de Rilke qui illustre à merveille cette invitation à changer et adoucir son regard :
"Tous les dragons de notre vie ne sont peut-être que des princesses qui attendent de nous voir beaux et courageux."
Et si cette fin d’année était l’occasion de changer de perspective sur tes monstres ? Pas pour les justifier, mais pour les comprendre. Pas pour eux, mais pour toi. Parce qu’en voyant leur vrai visage – humain, faillible – tu peux commencer à te libérer d’un feu qui te consume à l’intérieur.
À demain pour la suite de notre saga.
Belle soirée,
Hélène
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