
Cher toi,
J’espère que tu as passé un bon week-end ! Il est temps de commencer à te dévoiler les secrets et de te faire découvrir la branche italienne de la famille de Clelia.
🎙️ L'épisode du jour
Hier soir, nous avons quitté les deux soeurs en train de s’endormir à Campi.
Nous les retrouvons aujourd’hui à l’aube pour leur rendez-vous avec leur histoire : elles vont enfin découvrir le domaine et faire la rencontre de leur tante Elena - entre autres.

Tu as suivi Clélia et Giulia dans leur découverte du domaine Bianchi, où le passé n'attend que d'être déterré. Entre la tante qui veut raviver les souvenirs et les oncles qui préfèrent les enterrer, se pose une question cruciale : faut-il se souvenir ou oublier et a-t- on le choix ?
Le concept clé : la mémoire, entre souvenir et oubli
Une idée moderne voudrait qu’il y ait deux clans : ceux qui avancent sans se retourner et ceux qui ressassent. Mais cette vision binaire est-elle réaliste ? Peut-on vraiment choisir nos souvenirs et programmer nos oublis ?
Dans cet épisode de Clélia et Giulia, la mémoire familiale prend la forme d’une dette et d’un mystère : un carnet, un symbole, des formules qui traversent les générations. Mais au-delà des intrigues, se pose une question universelle : faut-il se souvenir ou oublier pour avancer ?
🕵️♀️ Les différents types de mémoire : un kaléidoscope de souvenirs
Les neurosciences montrent que notre mémoire n’est pas un bloc monolithique mais un système complexe. Elle se divise en plusieurs catégories, avec chacune un rôle spécifique pour nous permettre de naviguer entre passé et présent.

Les mémoires de long terme : le passé toujours présent
» Un tableau pour les pressés

▪️La mémoire épisodique : le siège de notre histoire
Notre mémoire épisodique est fascinante : elle ne connaît aucune limite de stockage. Chaque souvenir est comme un tissage, formé par des faisceaux qui se croisent et se recroisent : les événements vécus, les émotions associées, le contexte sensoriel, le liens avec d'autres souvenirs
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Un exemple dans notre histoire :
quand Elena parcourt les vignes, chaque plant semble évoquer un souvenir différent. Ce n'est pas qu'elle "ressasse", c'est que sa mémoire épisodique a créé un tissu complexe entre le lieu, les événements et les émotions.
▪️La mémoire sémantique : nos vérités intérieures
La mémoire sémantique est notre "bibliothèque personnelle de concepts". Elle contient nos croyances sur le monde, nos jugements implicites, notre compréhension des relations sociales et nos vérités supposées
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Un exemple
: cette mémoire est particulièrement importante dans les dynamiques familiales. Prenez Marco : sa croyance "je suis responsable" s'est transformée en vérité émotionnelle, influençant toutes ses décisions ultérieures.
▪️La mémoire procédurale : l'héritage dans les gestes
Les travaux de Kandel (Prix Nobel de médecine) montrent que cette mémoire est la plus résistante. Elle s'inscrit dans nos corps, dans nos réflexes.
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Un exemple :
dans le domaine Bianchi, on la voit à l'œuvre : dans la façon dont Elena inspecte les vigne, dans les gestes précis autour des bouteilles et dans les rituels quotidiens.
Les mémoires courtes : le présent constant
» Un tableau pour les pressés

La mémoire de travail et la mémoire sensorielle, bien que brèves, jouent un rôle crucial. Le psychologue Alan Baddeley les décrit comme notre "présent conscient". Elles nous permettent de traiter les informations immédiates, faire des liens avec nos souvenirs et réagir à notre environnement.
Ces mémoires travaillent ensemble, sédimentant le passé pour façonner notre présent. Mais que faire lorsque ce passé devient un poids ?
Tourner le dos au passé : une illusion dangereuse
"Avance !", "Ne regarde pas en arrière !", "Passe à autre chose !". Notre époque valorise le mouvement perpétuel vers l'avant Cette injonction à l'oubli se présente comme du bon sens et elle est très séduisante car :
- elle promet une libération rapide en mettant le passé derrière soi.
- elle valorise l’action et le mouvement, des attitudes valorisées dans nos sociétés.
- elle donne l’illusion de contrôle : il suffirait de vouloir pour oublier.

Mais ce diktat moderne à "aller de l’avant" est aussi simpliste qu’idéologique.
📌 Comme le montre l'histoire de Marco, fuir son passé ne fait que le rendre plus présent. En voulant protéger ses enfants de son histoire, il l'a transformée en une présence fantomatique encore plus puissante.
▪️L’effet rebond : le piège du "ne pas y penser"
Connu sous le nom de "paradoxe de l’ours blanc", cet effet, démontré par le psychologue Daniel Wegner, montre que plus nous essayons de ne pas penser à quelque chose, plus cela revient avec insistance.
📌 Exemple :
imaginez que l’on vous demande de ne surtout pas penser à un ours blanc pendant une minute. Immédiatement, l’image de cet ours surgit dans votre esprit. Dans le cas d’un souvenir douloureux, chercher à le réprimer revient à en intensifier la présence. Cela devient un cycle d’obsession, où l’effort même pour oublier alimente la pensée intrusive.
▪️Les souvenirs traumatiques : des cicatrices qui se réactivent
Les traumatismes sont stockés différemment des souvenirs ordinaires. Au lieu d’être rangés dans la mémoire épisodique (comme un récit structuré), ils sont souvent fragmentés et piégés dans la mémoire émotionnelle et sensorielle. Ainsi, ces souvenirs surgissent de manière incontrôlée, déclenchés par un son, une odeur, ou une situation. Ils ne se dissipent pas simplement avec le temps. Au contraire, l’évitement peut conduire à des symptômes comme des flashbacks, de l’anxiété, ou des comportements compulsifs.
📌
Exemple :
une personne ayant vécu un accident de voiture peut revivre cette expérience dès qu’elle entend le bruit de pneus qui crissent, même si elle fait tout pour ne pas y penser.
▪️La mémoire émotionnelle : un ancrage puissant
Les souvenirs associés à une forte charge émotionnelle – qu’elle soit positive ou négative – sont plus profondément enracinés. Ils mobilisent des zones spécifiques du cerveau, comme l’amygdale, qui les "marquent" pour qu’ils restent prioritaires.
Pourquoi c’est utile :
- Ces souvenirs servent à nous protéger en nous rappelant ce qui est potentiellement dangereux.
- Ils nous aident aussi à nous rappeler des moments clés qui ont façonné notre identité.
Pourquoi cela complique l’oubli :
Le cerveau perçoit ces souvenirs comme cruciaux pour notre survie. Ils ne peuvent pas être simplement "supprimés", car ils font partie intégrante de notre système d’apprentissage.
📌 Exemple : un enfant ayant grandi dans un foyer où les disputes éclataient lors des repas de famille peut associer inconsciemment ces situations à un danger, ressentant une tension inexplicable à chaque grand dîner, même à l’âge adulte.
Alors comment vivre avec son passé sans s’y perdre ?
La mémoire est vivante, imparfaite et en constante évolution. Plutôt que de chercher à oublier un passé douloureux, il est possible de l’intégrer pour en faire une force. Comme les vignes du domaine Bianchi, nos souvenirs s’enracinent, se nourrissent de nos expériences et évoluent au fil du temps.

1. Comprendre la nature de nos souvenirs : une vérité malléable
Les souvenirs, notamment épisodiques, sont un mélange de réalité et de reconstruction émotionnelle. Ce que nous nous rappelons est influencé par nos émotions du moment, mais cela ne les rend pas moins pertinents.
Neurosciences et plasticité : les travaux en neuroplasticité montrent que nos souvenirs ne sont pas figés. Chaque fois que nous rappelons un souvenir, nous avons l’opportunité de le transformer en y associant de nouvelles significations ou en le recontextualisant.
2. Revisiter son histoire : la clé de la mémoire sémantique
La mémoire sémantique nous aide à réinterpréter notre passé en modifiant les croyances ou jugements que nous en tirons.
Approche narrative : nous pouvons raconter notre histoire autrement, en remplaçant des croyances limitantes par des interprétations plus constructives.
3. Accepter que la mémoire est vivante
Comme les vignes qui évoluent avec chaque saison, nos souvenirs ne sont jamais immuables. Ils se transforment avec le temps, enrichis ou allégés par notre expérience et notre capacité à en tirer des enseignements.
📌 Dans l’histoire, le domaine Bianchi symbolise cette mémoire vivante : un lieu chargé de secrets et de douleurs, mais aussi un espace où la vérité peut être redéfinie. Les formules inscrites dans le carnet, tout comme la phrase "Pour les grandes traversées", rappellent que certains remèdes viennent de la compréhension et non de l’oubli.
La voie du milieu : ni oubli, ni prison du passé
Les recherches en psychologie narrative et en psychologie systémique offrent une alternative entre deux extrêmes :
- La fuite impossible : tenter d’oublier un passé difficile est souvent inefficace et peut entraîner un effet rebond.
- La rumination stérile : revivre constamment le passé sans le transformer devient une impasse.
Comme Boris Cyrulnik le souligne :
"La résilience n’est pas l’oubli, mais la métamorphose du souvenir."
Cette transformation passe par :
- Accepter son histoire : reconnaître les événements qui nous ont façonnés sans les laisser nous définir entièrement.
- Comprendre les schémas transmis : identifier les influences familiales et sociales sans s’y résigner.
- Réinterpréter son récit : donner un nouveau sens à son passé pour avancer avec légèreté.
🎯 À toi de jouer : revisite un souvenir
Cet exercice te propose de revisiter un souvenir marquant pour mieux comprendre ce qu’il dit de toi aujourd’hui et comment tu peux le transformer en une force. Pas besoin d’y passer des heures : prends quelques minutes pour explorer une histoire personnelle pour en tirer des enseignements.
- Pense à un moment précis de ta vie qui t’a marqué
- Une réussite ou un échec.
- Un moment où tu t’es senti(e) jugé(e) ou incompris(e).
- Une situation qui continue de te troubler ou de te définir.
- Décris ce souvenir avec précision
- Où étais-tu ?
- Que faisais-tu ?
- Que ressens-tu quand tu y repenses ?
- Identifie les croyances associées
Quelles idées sur toi ou le monde ce souvenir a-t-il ancrées ?
- Ce que tu as cru vrai à ce moment-là.
- Les jugements ou conclusions que tu as tirés.
📌 Exemple :
"Je ne suis pas intéressant(e).""Rien de ce que je fais ne compte vraiment.""Je dois en faire toujours plus pour qu’on me remarque."
- Observe comment ce souvenir influence ton présent
Cherche les échos de ce souvenir dans ta vie actuelle :
- Te sens-tu toujours invisible ou pas assez ?
- Es-tu perfectionniste ou as-tu peur du rejet à cause de cette expérience ?
- T’empêche-t-il de prendre ta place ou de célébrer tes réussites ?
📌 Exemple :
"Je me rends compte que je cherche souvent à trop en faire pour obtenir l’approbation des autres. Quand je n’ai pas de reconnaissance, cela me blesse plus que je ne le pensais."
- Transforme ce souvenir
Revisite ce moment et donne-lui un autre sens. Imagine ce que tu pourrais en apprendre ou comment tu pourrais le raconter autrement.
Pose-toi ces questions :
- Et si ce n’était pas moi, mais eux ? Par exemple, ta famille était peut-être distraite par autre chose.
- Que puis-je en tirer ? Peut-être que cette expérience t’a appris l’importance de t’aimer toi-même, sans dépendre des autres.
📌 Exemple :
"Ce n’est pas que je suis invisible, mais ce jour-là, ma famille était préoccupée. Cela ne signifie pas que ce que je fais n’a pas de valeur. Je peux apprendre à reconnaître mes propres efforts, même si les autres ne les remarquent pas."
- Ancre cette nouvelle histoire
Termine cet exercice en reformulant ton souvenir avec bienveillance et force :
- Qu’as-tu appris ?
- Comment ce souvenir peut-il te guider aujourd’hui ?
📌 Exemple :
"Je n’ai pas besoin d’attendre que les autres valident ce que je fais. Aujourd’hui, je choisis de m’apprécier pour mes efforts, même s’ils passent inaperçus."
Nos souvenirs ne sont pas figés. Comme les vignes, ils évoluent avec le temps et peuvent porter des fruits nouveaux si nous les cultivons différemment. Cet exercice n’est pas une fin en soi, mais une invitation à mieux cohabiter avec ton passé pour en faire un allié dans tes grandes traversées.
Alors, quel souvenir choisis-tu de revisiter aujourd’hui ? Si tu as des questions ou des choses à me partager, il te suffit de répondre directement à ce mail.
À demain pour la suite de l’histoire.
Excellente après-midi,
Hélène
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